08/19/2026
L’ART N’EST PAS UNE MATIÈRE DE TROP.
Une discussion qui circule aujourd’hui sur la place des arts plastiques à l’école m’a fait réagir.
Comme artiste et comme mère, la question qui m’intéresse dépasse largement la polémique du jour : quelle place accordons-nous réellement à l’éducation artistique au Québec?
Créer, pour un enfant, ce n’est pas simplement produire un dessin qu’on finira par ranger dans une boîte.
C’est observer, choisir, imaginer, développer sa motricité fine, exercer son jugement et résoudre des problèmes qui n’ont pas toujours une seule bonne réponse.
C’est aussi apprendre à voir.
Nos enfants grandissent dans un flux constant d’images : réseaux sociaux, publicité, vidéos, jeux, médias et maintenant intelligence artificielle.
Dans ce contexte, savoir lire une image, la questionner, comprendre comment elle est construite, ce qu’elle montre ou omet, devient une véritable forme de littératie. Et apprendre à fabriquer des images est aussi une façon puissante d’apprendre à les décoder.
L’art permet également de donner une forme à ce qui ne passe pas toujours facilement par les mots.
Et parfois, cela peut révéler une détresse réelle.
J’ai connu un enfant d’environ dix ans qui dessinait régulièrement de petits personnages pendus. Un professeur avait remarqué ces dessins et avait alerté son entourage. Comme cet enfant plaisantait beaucoup, l’avertissement n’avait malheureusement pas été pris avec toute l’attention qu’il méritait.
Peu de temps après, un adulte l’a découvert dans une situation de détresse extrême où sa vie était en danger.
Cette histoire ne m’a jamais quittée.
Un dessin d’enfant peut être un jeu, une invention ou une exploration. Mais il peut aussi devenir un langage lorsqu’un enfant n’arrive pas encore à dire ce qu’il vit.
Parfois, savoir regarder peut réellement changer une vie.
Lors de voyages en Europe, j’ai aussi été frappée de voir des groupes d’enfants du primaire dans les musées, assis devant des œuvres, à observer, écouter et questionner.
Cette familiarité avec l’art commence tôt.
Voir une œuvre originale, en ressentir l’échelle et la matière, découvrir qu’elle appartient à une époque et à une histoire participe à la formation d’une culture, mais surtout à celle d’un regard.
Je le sais aussi personnellement.
J’ai commencé à créer très jeune. L’art n’a jamais été pour moi une activité accessoire. Il est devenu une manière de penser, d’observer, de comprendre le monde et, finalement, mon métier.
Tous les enfants ne trouveront pas leur place au même endroit. Pour certains, ce sera le sport, les sciences ou la musique. Pour d’autres, ce sera peut-être précisément un cours d’arts plastiques qui leur permettra de découvrir une capacité, une sensibilité ou une façon singulière de comprendre ce qui les entoure.
Alors la question, pour moi, n’est pas de savoir si les arts prennent trop de place à l’école.
Elle est de savoir si nous leur en accordons suffisamment.
Nous apprenons aux enfants à lire les mots et à comprendre les nombres.
Dans un monde de plus en plus façonné par les images, apprenons-leur aussi à les regarder, à les questionner et à en créer.
L’art n’est pas une matière de trop.
Il fait partie de l’éducation.