22/05/2026
Chez moi, Créer commence toujours par un manque. Un mur trop nu. Une table qui attend une présence. Une statue qui semble seule dans la lumière du soir.
Avant de façonner un bijou de bronze, un coffre de naissance, un ruban brodé, une peinture ou un plateau en grès, j’imagine d’abord le décor qui l’accueillera. Je cherche la beauté, l’équilibre, cette évidence silencieuse qui donne envie de tendre la main, de toucher, de posséder l’objet comme s’il avait toujours été là.
Alors je rêve. D’un bouquet posé à ses côtés, d’un collier de perles abandonné avec grâce, d’une sculpture antique qui lui répond. Peu à peu, tout trouve sa place. Et pourtant, je laisse toujours une porte entrouverte à l’imprévu : l’émail qui révèle une couleur inattendue dans la chaleur du four, la cicatrice du bois qui devient son plus bel ornement.
Créer, c’est habiter l’œuvre avant même qu’elle n’existe. C’est caresser du regard son environnement et imaginer ce qui pourrait le rendre plus vivant. C’est se réveiller la nuit avec une idée qui insiste, une forme qui appelle, une matière qui murmure: et qui m’empêche de penser à quoi que ce soit d’autre.
Créer, c’est offrir au monde quelque chose de profondément intime : un fragment de soi mêlé à la technique, à la connaissance des matières, à la précision du geste et à l’élan du cœur. Une nécessité douce et irrépressible.
Et tout commence toujours par la même question :
Qu’est-ce qui manque ici ? Et comment le rendre inoubliable ?