19/04/2022
C'est toujours intéressant de prendre de la hauteur, et instructif de regarder le présent nourrit des histoires de notre passé, pour mieux comprendre ce qui fait débat aujourd’hui entre les partisans de la protection de la nature et ceux qui en exploitent les ressources.
L’auteur, Charles Stépanoff, anthropologue, nous invite dans une histoire passionnante, dépassionnée, pour comprendre qu’ « exploitation et admiration contemplative se sont nourries l’une l’autre au cours de l’âge moderne. »
Parce qu’on était touchés par le bruit (les cris, les gémissements), les odeurs et la vue du sang des animaux qu’on abattait dans les villes, on a créé et délocalisé les abattoirs, et la consommation de viande a progressé par tout et pour tout le monde avec toutes les dérives actuelles.
Je découvre, ou plutôt je prends conscience, que la catégorie honnie des chasseurs contribue aujourd’hui concrètement à la protection des espèces et au retour de la biodiversité face à une agriculture hyper mécanisée qui dévaste les espaces, standardise et appauvrit les milieux « grâce » aux politiques de remembrement. Je découvre comment la techno structure descendante est source de déséquilibres et d’extinctions parce qu’elle est sourde aux messages des terriens, des terroirs et des territoires face à sa volonté d’exploiter et de produire.
Je suis (toujours) stupéfait de constater que traditions et modernité ne font pas bon ménage ; que les premières sont méprisées et humiliées, « barbarisées » pour mieux justifier les profits de la seconde.
Je suis soulagé de constater que mon cher père portait sans aucun doute un regard plus sensible et empathique sur l’animal qu’il chassait que beaucoup d’autres humains qui « adhèrent à un univers culturel mondialisé, riche de souvenirs de voyages ».
Cet ouvrage nous parle des différentes chasses, de leur place dans notre histoire, de notre rapport animiste au monde, de ce que ces faits ont produit de réflexions qui interviennent dans notre organisation « moderne » qui sépare Culture et Nature, avec toutes les conséquences de cette position dans nos vies et nos rapports avec le vivant, le sauvage, le domestique…
C’est absolument à lire pour sortir de la bête simplification manichéenne qui nous parle de nos rapports à la vie et à la mort de nos bêtes. Un grand Merci à Eleonore Flandin sans qui je n’aurais pas eu l’idée de poser ne serait-ce qu’un regard sur cet ouvrage !