07/01/2022
✨ J’ai longuement hésité à simplement écrire un court texte et vous souhaiter à toutes et tous une belle année 2022, remplie de bonheur et de joie. Mais quand bien même ces vœux seraient sincères, je me dois de vous écrire quelques lignes sur mon métier, ma passion, et son histoire.
Car chaque année qui passe représente une année de jeunes diplômés, et de vieux retraités :) De savoirs acquis, et de savoirs qui disparaissent.
“L'historien est un artisan de la mémoire.” Jacques Le Goff
Quand bien même je partage cette citation, je pense qu’aujourd’hui nous pourrions reformuler ces quelques mots, et dire : « l’Artisan, représentant de la mémoire de l’histoire ».
Car oui, chaque artisan, qu’il travaille la terre, la pierre, le cuir, le verre, le fer ou je ne sais quelle matière, n’est qu’un détenteur d’un savoir-faire qu’il est amené à transmettre aux générations futures.
Ces savoirs, nous ne faisons que les améliorer, les accommoder aux techniques et outils modernes, mais en aucun cas nous ne pouvons et devons nous les approprier.
Je vais parler de ce que je connais le mieux, et qui me fait rêver la nuit, et vivre le jour : le cuir.
Mon métier de sellier-harnacheur a vu ses racines naîtrent il y a près de 4000 ans, alors que nous débutions la domestication et relation homme-cheval.
Voilà 4000 ans que de petites mains s’affairent à imaginer, fabriquer, et concevoir des équipements adaptés et utilitaires à l’un de nos meilleurs compagnon de route : le cheval.
Environ 3850 ans que de générations en générations le savoir faire du sellier est transmis, et amélioré petit à petit. Puis voilà que ces 50 dernières années, sous l’idée du profit commence à naître des entreprises dont le seul objectif est la rentabilité. On cesse alors d’attribuer une philosophie à notre beau métier. On devient plus commerciaux que selliers. On remet tout en cause sur ce que faisait les Anciens pour limiter au maximum les coûts : on baisse la qualité des cuirs, des fils, du matériel, des outils etc.
On vient prétexter que durant les 3850 dernières années, le matériel que les selliers concevaient n’étaient pas adaptés au cheval, et qu’aujourd’hui en utilisant des capteurs de pression, du numérique, des découpes laser, la progression de la science sur les équidés on arrive à créer un équipement de pointe, parfaitement adapté au cheval. La roue vient d’être réinventée.
Durant les 3850 dernières années, l’humain avait conscience que le cheval était un compagnon. Dans les fermes le cheval de trait était un allié, sans lui, nul labour, on en prenait soin. On lui donnait un nom, et on le chérissait, à la belle saison dehors, à la mauvaise dans l’étable. Un cheval qui travaillait durant des heures devait avoir un équipement adapté pour éviter les blessures, et il est illusoire de croire que les anciens ne maîtrisaient pas ces techniques.
Une chose est sûre, si l’œil et la main du sellier continuent d’être remplacés par du numérique, alors c’est la décadence de notre métier. Les selliers ne seront plus que des ouvriers, et les ouvriers des automates.
Alors, tout ce texte pour en arriver où ?
Une année de plus s’est écoulée, durant laquelle des anciens ont fermé boutique. Des confrères, des collègues, et parfois des amis. Quelques soient les raisons de ces fermetures, chaque fois qu’un artisan met la clé sous la porte, c’est un savoir faire qui disparaît. Et ce qui est valable dans le cuir, l’est également dans tout autre domaine.
Alors pour 2022, je ne souhaite qu’une seule chose, que chaque artisan puisse continuer de travailler, de vivre de sa passion, de transmettre, et de perpétuer ce que nous ont légué nos Anciens.
Bonne année 2022 à tous, et un grand merci à tous nos clients qui nous sont fidèles,
Jimmy