06/05/2026
par Guglielmo Gallone
Les attaques israéliennes au Liban ne cessent pas, malgré le cessez-le-feu signé à Washington entre Tel-Aviv et le Hezbollah. Le ministère libanais de la Santé l’a annoncé, précisant que deux victimes ont été recensées à Wadi al-Hujair, deux à Touline, et une respectivement à Srifa et à Yater. L’armée israélienne a également confirmé la mort de six personnes dans la ville de Bint Jbeil, affirmant qu’il s’agissait de combattants du Hezbollah. Après la mort d’un casque bleu français il y a quelques jours, la UNIFIL a annoncé hier le décès d’un autre soldat, d’origine indonésienne, mort à l’hôpital des suites de blessures subies le 29 mars dernier. Le bilan des victimes fourni par le ministère libanais de la Santé s’élève ainsi à 2 491 morts, soit au moins 197 par semaine. 7 719 autres personnes ont été blessées.
C’est dans cette situation complexe que se poursuit néanmoins, sans relâche, l’action de l’Église locale. Cette semaine, le nonce apostolique au Liban, l’archevêque Paolo Borgia, a pu visiter les localités de Debel, Rmeish et Aïn Ebel. Situées dans le sud du pays, à moins de cinq kilomètres de la frontière avec Israël, elles ont été isolées pendant au moins trois semaines en raison du conflit. Le nonce a remis plus de 40 tonnes de denrées alimentaires, de fruits et de légumes, en collaboration avec Caritas Liban, représentée par le père Samir Ghawi, avec l’Œuvre d’Orient, représentée par Vincent Gelot, avec la Fondation patriarcale pour le développement, représentée par Patricia Safir, et avec le groupe « Église pour le Liban », représenté par le père Hany Tawk.
« Nous avons trouvé une population fatiguée, fragile, mais étonnamment encore debout », nous confie le père Hany Tawk, prêtre maronite. « Ce qui frappe, ce n’est pas seulement le manque de médicaments, de carburant ou de nourriture, mais surtout l’intensité humaine des rencontres. Les habitants nous ont parlé de nuits chargées de tension, d’une peur constante, mais aussi d’un attachement viscéral à leur terre. Beaucoup refusent de partir, non par inconscience, mais parce qu’ils sentent que s’en aller reviendrait à perdre une part d’eux-mêmes. » Justement ce matin, l’armée israélienne a diffusé un nouvel avis d’évacuation pour les habitants du sud du Liban : « La trêve dont on parle existe davantage dans les discours que dans la vie quotidienne des personnes. Il y a certes des moments de calme, mais ils restent fragiles, imprévisibles et toujours suspendus à un équilibre précaire. La population vit dans une sorte d’alerte permanente », poursuit le prêtre.
Et lorsque nous lui demandons de nous raconter comment l’Église parvient à assurer sa présence sur le terrain dans une telle situation, le père Hany explique que « avec la nonciature apostolique, nous essayons d’agir de manière très concrète : coordination de convois humanitaires, distribution de vivres et de médicaments, soutien aux structures locales et, surtout, présence sur le terrain. Parfois, être présent vaut autant que ce que l’on apporte. Il s’agit aussi de maintenir un lien, de rappeler aux personnes qu’elles ne sont pas oubliées ». Et ainsi, malgré toutes les tensions que l’on pourrait craindre dans un pays comme le Liban, « nous observons de très beaux gestes de solidarité entre les communautés. Dans plusieurs cas, des familles de confessions différentes s’entraident, partagent leurs ressources, ouvrent leurs maisons. Ce tissu humain, souvent invisible, est peut-être l’une des plus grandes forces du pays ».
Le père Hany le constate chaque jour, car il est le fondateur, avec son épouse Dounia, de la Cuisine de Mariam, un projet caritatif né avec l’objectif simple de cuisiner chaque jour pour les pauvres, les déplacés, les réfugiés, les victimes de la guerre. « Aujourd’hui, nous distribuons entre 5 500 et 6 000 repas chauds par jour. En même temps, je suis engagé dans des missions régulières vers le sud. Mon rôle est pastoral et humanitaire : accompagner, écouter, soutenir et essayer, dans la mesure du possible, de faire le lien entre les besoins du terrain et les moyens disponibles ». Car, conclut le père Hany Tawk, « c’est ainsi que se manifestent la foi et l’espérance : comme des choix quotidiens. Elles se nourrissent de gestes simples : une prière partagée, une liturgie célébrée même dans des conditions précaires, un sourire, une aide. Ce sont ces petites fidélités qui maintiennent vivante l’idée de communauté ».